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Pesticides

Les pesticides sont utilisés pour contrôler les insectes nuisibles, les maladies fongiques, certaines bactéries, les rongeurs, les mauvaises herbes, etc. Ces produits sont principalement utilisés en agriculture, en horticulture, en extermination, en entretien paysager ainsi qu’en milieu industriel. En agriculture par exemple, les ennemis des cultures peuvent être responsables de pertes quantitatives et qualitatives parfois importantes pour les producteurs et il est alors rassurant de pouvoir compter sur les outils de contrôle antiparasitaire efficaces tels que les pesticides.

L'utilisation des pesticides comporte-t-elle des risques?

Si les pesticides peuvent exercer une action toxique sur des organismes nuisibles, ils peuvent aussi affecter de façon non négligeable l’environnement et des organismes non visés comme l’humain. Même si le Canada possède un système d’homologation qui vise à assurer l’innocuité des produits antiparasitaires mis en marché, il demeure que les homologations sont réalisées pour des usages précis et qu’elles n’excluent pas tous les risques. Il est d’ailleurs bien démontré que les pesticides utilisés en milieu urbain ou en agriculture peuvent contaminer l’eau, l’air, le sol et les aliments. À titre d’exemple, certaines problématiques en lien avec la contamination de l’eau par des pesticides dans certaines régions du Québec ont été documentées au cours des dernières années. C’est le cas notamment de l’hexazinone Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre. utilisé dans les bleuetières ou des triazines servant au contrôle des mauvaises herbes dans la culture du maïs.

Tel que le précise un avis réalisé par le Groupe scientifique sur les pesticides Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre. de l’Institut national de santé publique, certains groupes de la population comme les enfants sont particulièrement sensibles aux effets des pesticides.

C’est d’ailleurs dans ce contexte que le Code de gestion des pesticides du Québec restreint, depuis le printemps 2006, l’utilisation des pesticides utilisés en entretien paysager et en milieu domestique. Par ailleurs, dans un avis réalisé pour le MSSS, le Groupe scientifique sur les pesticides de l’INSPQ précisait de façon plus particulière les risques propres au 2,4-D Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre., soit un herbicide maintenant interdit de vente par le Code.

Une étude récente réalisée par l’INSPQ, financée par le MSSS, démontre que les enfants québécois peuvent être exposés de façon significative aux pesticides organophosphorés Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre. et ce, possiblement en consommant des fruits et des légumes contenants de faibles résidus de pesticides.

Bien que les risques associés à ces expositions ne soient pas toujours bien connus, il demeure que de plus en plus d’études établissent des relations entre l’exposition à de faibles résidus de pesticides et la survenue de divers effets sur la santé. Dans le but d’éviter les effets négatifs potentiels de ces produits, il importe donc de mettre en place un ensemble de mesures de prévention et de rationalisation de l’utilisation des pesticides, d’autant plus que les effets nocifs appréhendés peuvent être subtils et se développer sur de longues périodes. Si les pesticides peuvent potentiellement affecter plusieurs groupes de travailleurs qui manipulent régulièrement ces produits, la population générale pourrait aussi être exposée de façon non négligeable si certaines pratiques sécuritaires ne sont pas respectées.

Quels sont les effets toxiques des pesticides?

Les effets néfastes des pesticides peuvent se manifester immédiatement ou à court terme après l’exposition ou suite à l’absorption répétée de faibles doses de pesticides sur une longue période. Dans le premier cas, on parlera d’une intoxication aiguë alors que dans le second, on fera référence à une intoxication chronique. Les effets des pesticides peuvent être d’ordre respiratoire, cutané, neurologique, reproductif, développemental ou autre. Les pesticides peuvent être absorbés par la peau (généralement reconnue comme étant la voie principale d’exposition aux pesticides), par les voies respiratoires ou par ingestion.

Au Québec, près de 1500 cas annuels d’intoxication aiguë aux pesticides sont rapportés au Centre anti-poison du Québec Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre. (CAPQ). Même si le niveau de gravité des intoxications varie grandement, il n’en demeure pas moins que les statistiques mettent en perspective la nécessité de considérer les pesticides avec prudence. Outre certains effets systémiques variant d’un simple mal de tête dans les cas d’intoxications légères à un coma dans le cas d’intoxications graves, les pesticides peuvent aussi être responsables d’effets dermatologiques.

Mis à part les risques aigus, des effets à long terme sont également suspectés. Dans ce cas, le délai avant l’apparition des symptômes ou d’une maladie peut être très long et il est alors parfois difficile de faire le lien entre l’exposition et les manifestations cliniques de l’intoxication. Parmi les effets à long terme démontrés ou soupçonnés, on peut citer le cancer, les atteintes génétiques, certains troubles de la reproduction et du développement et des effets néfastes sur les systèmes immunitaire, endocrinien et nerveux.

Actions gouvernementales

Malgré les incertitudes qui persistent sur les effets des pesticides sur la santé et l’environnement, il est maintenant acquis que des initiatives doivent être mises en place pour rationaliser l’utilisation de ces produits.

Par exemple, dans le cadre d’activité de contrôle des insectes pouvant transporter des maladies comme le Virus du Nil occidental, des évaluations de risques sont réalisées afin de s’assurer que les risques sanitaires de l’utilisation des pesticides demeurent acceptables et ne causent pas de préjudices à la population. À ce titre, le MSSS supporte plusieurs activités de recherche visant à documenter ces risques.

Un projet commun de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) ainsi que du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), a récemment été réalisé afin de doter le monde agricole d’outils efficaces pour faciliter les choix stratégiques de pesticides en visant une plus grande protection de l’environnement et de la santé humaine. Mise à part la création d’une importante base de données sur les critères toxicologiques pour la santé et l’environnement, le développement d’indicateurs de risques, de répertoires et d’outils d’aide à la prise de décision permettront certainement une meilleure gestion de ces produits à plus ou moins long terme.

Le Code de gestion des pesticides promulgué par le MDDEP édicte des règles d’utilisation des pesticides, notamment en milieux urbain et agricole, afin de limiter l’exposition de la population et des travailleurs à ces produits.

Le Code de gestion des pesticides en bref

Les exigences du Code, dont la mise en application s’est faite graduellement entre 2003 et 2006, comprennent des règles sévères à l’intention des titulaires de permis et de certificats pour la vente et l’utilisation des pesticides, soit les commerces de vente de pesticides, les utilisateurs commerciaux et privés incluant les producteurs agricoles et forestiers.

Certaines dispositions s’adressent également aux citoyens. Par exemple, le Code interdit l’application des pesticides les plus nocifs sur les espaces verts des lieux publics, parapublics, municipaux, commerciaux et privés (à l’exception des terrains de golf). De plus, l’application de la quasi-totalité des matières actives (sauf les produits peu nocifs comme le borax, la terre diatomée, l’acide acétique, le savon herbicide, etc.) est interdite à l’intérieur et à l’extérieur des Centres de la petite enfance, des écoles primaires et secondaires. Le code exige le respect de certaines distances d’éloignement des plans d’eau, de toute prise d’eau ainsi que des zones habitées lorsqu’il y a risque de dérive aérienne, tel qu’à proximité des vergers agricoles, et lors de l’utilisation dans les corridors de transport routier, ferroviaire et d’énergie.

Le Code institue des nouvelles règles d’affichage pour certaines applications en milieu urbain et sur les terrains de golf.

Il interdit également les traitements terrestres de pesticides contre les insectes piqueurs adultes, ce qui exclut toutefois l’utilisation de larvicides biologiques.

Enfin, le Code interdit la vente des mélanges de fertilisants/pesticides d’usage domestique depuis avril 2004, les étalages commerciaux de produits antiparasitaires accessibles au public depuis avril 2005 et la vente des pesticides d’usage domestique les plus nocifs depuis avril 2006.

Que puis-je faire pour me protéger des pesticides?

Plusieurs mesures simples peuvent permettre de diminuer de façon considérable les niveaux d’expositions aux pesticides :

Exposition lors de travaux d’extermination

Les produits disponibles pour l’extermination d’organismes indésirables peuvent présenter certains risques pour la santé et ce, surtout s’ils sont utilisés à l’intérieur de la résidence. Il est recommandé de faire appel à un professionnel en extermination pour réaliser ces travaux.

Exposition liée à l’entretien paysager

Certaines pratiques culturales seines permettent de limiter au maximum l’utilisation de pesticides. Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs a préparé un guide intéressant dans lequel il est possible de trouver de nombreux conseils et astuces pour remplacer les pesticides Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre..

Dans les cas où des pesticides sont vraiment nécessaires, il ne faut utiliser que des pesticides permis par le Code de gestion des pesticides du Québec et respecter les recommandations de l’étiquette.

Exposition alimentaire

Même si les données récentes produites par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec semblent démonter une diminution marquée des résidus dans les fruits et les légumes, il est toujours préférable de bien laver ces aliments avant la consommation. Une étude récente de l’INSPQ sur l’exposition des jeunes enfants aux pesticides démontrent qu’on pouvait mesurer de faibles niveaux de pesticides chez la majorité des enfants ayant participé à l’étude et l’alimentation a été ciblé comme source hypothétique d’exposition. Il ne faut cependant pas limiter sa consommation de fruits et de légumes en raison de la présence possible de faibles résidus de pesticides. En effet, la consommation de ces aliments est essentielle à un régime alimentaire équilibré et les avantages retirés sont certainement plus importants que les risques non démontrés pour ces niveaux d’exposition.

Exposition professionnelle

L’INSPQ a réalisé un guide de prévention pour les travailleurs Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre. qui utilisent des pesticides. Ce guide édicte les principales règles sécuritaires à respecter lors de l’utilisation des pesticides.

Plusieurs guides de bonnes pratiques Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre. ont été réalisés par le MDDEP, parfois en collaboration avec le MSSS. Le respect de ces pratiques permet normalement au travailleur d’effectuer ses tâches en toute sécurité.

Le Comité médical provincial en santé au travail du Québec, en collaboration avec des professionnels de l’INSPQ et de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST) a aussi produit un guide de prévention et de surveillance des travailleurs exposés aux pesticides.