Santé et Services sociaux Québec.
rss
Page précédente Taille du texte

Fiche synthèse #47

Réponses des politiques de santé à la crise financière en Europe

Résumé

Ce rapport, publié en août 2012 par le Health Evidence Network (HEN), cible les principaux défis qui se posent aux décideurs européens du domaine de la santé, compte tenu de la crise financière actuelle. Le rapport se concentre sur les réductions des services essentiels et les interruptions dans les sources de revenu, ainsi que sur les inefficacités et les effets néfastes au sein des systèmes de santé nationaux.

Contexte

La crise financière mondiale qui a débuté en 2007 peut être considérée comme un choc pour le système de santé, c’est-à-dire un événement inattendu et extérieur qui a eu un effet négatif important sur la disponibilité des ressources du système de santé ainsi que sur la hausse des demandes de services.

Ces chocs économiques placent les décideurs devant trois principaux défis :

  • Les systèmes de santé ont besoin de sources de revenus prévisibles pour planifier les investissements, déterminer les budgets et acheter des biens et des services. Les interruptions soudaines des sources de revenus publics peuvent nuire au maintien des soins de santé essentiels.
  • Les coupes dans les dépenses publiques de santé effectuées en réponse à un choc économique surviennent généralement à un moment où les systèmes de santé ont besoin de plus de ressources – et non pas moins –, par exemple pour minimiser les effets néfastes du chômage sur la santé.
  • Les coupures arbitraires dans les services essentiels peuvent déstabiliser davantage le système de santé si elles affaiblissent la protection financière, l’accès équitable aux soins et la qualité des soins fournis, ce qui revient à augmenter les coûts à plus long terme. Non seulement des réductions appliquées à tous les domaines sont peu susceptibles de corriger les inefficacités existantes et, mais elles risquent également d’exacerber la contrainte fiscale et de causer d’autres désagréments.

Analyse / résultats

Les résultats de l’enquête suggèrent que la réponse à la crise en Europe a considérablement varié selon les systèmes de santé et qu’elle s’est adaptée en partie à la baisse de l’économie de chaque pays. Certains pays n’ont adopté aucune nouvelle politique, tandis que d’autres ont introduit plusieurs mesures. Certains systèmes de santé sont mieux préparés que d’autres à cause des mesures fiscales mises en place avant la crise, par exemple l’implantation de réserves financières. Dans plusieurs cas, les politiques prévues avant 2008 ont été mises en oeuvre avec une plus grande intensité ou plus rapidement en raison de l’urgence du contexte, en particulier la restructuration des soins secondaires. À quelques reprises, les réformes prévues ont été ralenties ou abandonnées.

Les politiques visant à modifier le niveau du financement public pour les soins de santé

Plusieurs pays ont signalé des coupures dans le budget national de santé en réponse à la crise financière. Dans certains pays, les coupures étaient en partie dues au fait que le chômage réduisait le revenu tiré des cotisations de l’assurance sociale.

Dans quelques cas, les recettes et les dépenses de la sécurité sociale ont continué d’augmenter, en partie à cause du taux de cotisation anticyclique payé par l’État pour les personnes économiquement inactives. Plusieurs pays ont accru leurs frais d’utilisation ou imposé des contributions aux usagers. En revanche, d’autres ont rapporté une augmentation des prestations.


Les politiques visant à influer le volume et la qualité des soins de santé financés par l’État

En général, les prestations légales et la couverture de la population n’ont pas radicalement changé à la suite de la crise financière, mais certaines réductions ont été imposées. En ce qui a trait aux politiques visant à réduire la demande de services de santé, plusieurs pays ont augmenté les taxes sur l’alcool et les cigarettes, mais très peu ont poursuivi des politiques de promotion de la santé comme la saine alimentation, l’activité physique ou le dépistage. Un seul pays a accru les délais d’attente comme réponse explicite à la crise, même si, ailleurs, le temps d’attente peut être augmenté de manière indirecte lors d’une réforme de politique de santé.

Les politiques visant à influer sur les coûts des soins de santé financés par l’État

De nombreux pays ont introduit ou renforcé des politiques visant à réduire le prix des produits médicaux ou à améliorer l’usage rationnel des médicaments. Dans la plupart des cas, ces politiques font partie des réformes en cours. La crise a accru les efforts pour négocier le prix des médicaments sur certains marchés nationaux.
Certains pays ont réduit ou gelé les salaires des professionnels de la santé ou utilisé d’autres approches pour abaisser les salaires. Plusieurs pays ont réduit les prix payés aux fournisseurs de services de santé ou mis en place des paiements liés à la performance afin de réaliser des gains d’efficacité et de coût. Plusieurs gouvernements restructurent leur ministère de la santé, les caisses d’assurance maladie ou les agences d’achat pour tenter d’augmenter l’efficacité et de réduire les frais généraux.

Dans de nombreux pays, la crise économique a créé un élan pour accélérer le processus en cours de restructuration du secteur hospitalier de diverses manières : fermeture, fusion, centralisation, évolution vers des soins ambulatoires, meilleure coordination et investissement dans les soins primaires.

Conclusions

Les résultats du sondage indiquent que les pays d’Europe ont utilisé une combinaison d’outils politiques en réponse à la crise financière. Certains pays semblent avoir profité de la crise pour accroître leur efficacité, même si bien peu a été fait pour améliorer le niveau de santé grâce à des politiques de santé publique : c’est une occasion manquée. Les politiques visant à assurer la viabilité financière et à améliorer la réponse budgétaire du secteur de la santé face à la crise devraient être compatibles avec les objectifs fondamentaux des systèmes de santé.

Conséquences, recommandations

  • Les pays d’Europe ont utilisé une combinaison d’outils politiques pour répondre à la crise financière. Certaines de ces réponses ont été positives, ce qui suggère que quelques pays ont profité de la crise pour accroître leur efficacité. L’ampleur et la portée de la couverture légale ont été généralement peu touchées et, dans certains cas, les bénéfices ont été élargis pour les groupes défavorisés. Cependant, certains pays ont réduit l’ampleur de la couverture en augmentant la participation des utilisateurs aux services essentiels, ce qui est préoccupant. Peu a été fait pour améliorer l’efficacité grâce à des politiques destinées à améliorer la santé publique.
  • Les outils politiques susceptibles de promouvoir les objectifs du système de santé comprennent : la mutualisation des risques, les achats stratégiques, l’évaluation des technologies de la santé, l’investissement contrôlé, les mesures de santé publique, les réductions du prix des produits pharmaceutiques combinées à la prescription et à la distribution rationnelles, le déplacement des patients hospitalisés vers des soins ambulatoires, l’intégration et la coordination des soins primaires et secondaires et des soins de santé et sociaux, la réduction des coûts administratifs tout en maintenant la capacité de gestion, les politiques budgétaires pour élargir la base des recettes publiques, les mesures anticycliques, y compris les subventions, pour assurer l’accès aux services, en particulier pour les personnes les plus défavorisées et les utilisateurs réguliers de soins de santé.
  • Les outils politiques qui risquent de compromettre les objectifs du système de santé sont notamment une étendue moindre des services essentiels couverts, la réduction de la couverture de la population, l’augmentation du temps d’attente pour les services essentiels, les redevances pour les services essentiels et l’attrition des professionnels de santé causée par la réduction des salaires.
  • Lorsque la situation à court terme oblige les gouvernements à réduire les dépenses publiques de santé, l’accent devrait être mis sur une politique de coupures mieux ciblées afin de minimiser les effets négatifs sur la performance du système de santé et d’accroître la valeur et l’efficacité à plus long terme.

Source du document

Health policy responses to the financial crisis in Europe Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.